La Guyane du Sud en péril
L'interrogation pèse sur l'arrêté préfectoral protégeant l'espace de vie des sociétés amérindiennes du sud de la Guyane. D'après l'arrêté de 1977, les visiteurs qui souhaitent se rendre au sud de la ligne Maripasoula-Camopi doivent, en principe, être munis d'une autorisation préfectorale. Ce souci de préserver les sociétés autochtones, on ne le retrouve jamais dans les discours des élus locaux, qui parlent seulement de désenclavement et de développement. Une fois les voies tracées et les portes ouvertes, on imagine comme tout peut aller vite. Dans ces espaces que l'administration n'a pas encore structurés, nul doute que, pendant longtemps, le désordre précédera l'ordre. Le caractère fragile et spécifique du mode de vie des sociétés traditionnelles exige une perspicacité et un discernement dont les politiques n'ont pas souvent fait preuve. L'obstination de certains élus à « prendre possession » de la Guyane du Sud donne à réfléchir : ceux-là même ne se lassent pas de rappeler de quelle façon illégitime cette terre fut acquise jadis par l'État français. N'y a-t-il pas une contradiction à dénoncer le vol et, en même temps, à inciter
au recel ?
La question du statut et de l'autonomie de la Guyane ressemble beaucoup à une querelle d'influence entre les élus locaux et l'État : on se dispute le pouvoir l'administration mais on n'a toujours pas énoncé le projet qui améliorera le sort des gens de Guyane. Nous ne devons pas donner de chèque en blanc aux élus du Congrès qui, malgré les sollicitations, font silence sur la question de nos droits fonciers collectifs. Solidairement, nous devons exiger des garanties, faute de quoi les vertus annoncées d'une future administration décentralisée ne serviront, une fois encore, qu'à conforter les avantages de la société dominante.
Brigitte Wyngaarde, Chef coutumier,
Association Villages de Guyane
Pour plus d’infos : OKA.MAG', le magazine des Amérindiens de Guyane, 11, rue Abel Azoor, Cité Manil, 97310 Kourou (Guyane Française)
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